Textes

 BAUDELAIRE

 

 

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages , des mers,

Par-delà le soleil, par-delà les éthers,

Par-delà les confins des sphères étoilées,

 

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

 

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse

S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

 

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux du matin prennent un libre essor,

— Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes!

 

Charles BAUDELAIRE, Elévation ( Les Fleurs du Mal )

 

 HUGO

 

 

J'aime les soirs sereins et beaux, j'aime les soirs,

Soit qu'ils dorent le front des antiques manoirs

Ensevelis dans les feuillages;

Soit que la brume au loin s'allonge en bancs de feu;

Soit que mille rayons brisent dans un ciel bleu

A des archipels de nuages.

 

Oh! Regardez le ciel! Cent nuages mouvants

Amoncelés là-haut sous le souffle des vents,

Groupent leurs formes inconnues:

Sous leurs flots par moments flamboie un pâle éclair,

Comme si tout à coup quelque géant de 'lair

Tirait son glaive dans les nues.

 

Le soleil, à travers leurs ombres, brille encor;

Tantôt fait, à l'égal des larges dômes d'or,

Luire le toit d'une chaumière:

Ou dispute aux brouillards les vagues horizons;

Ou découpe, en tombant sur les sombres gazons,

Comme de grands lacs de lumière.

 

Puis voilà qu'on croit voir, dans le ciel balayé,

Pendre un grand crocodile au dos large et rayé,

Aux trois rangs de dents acérées;

Sous son ventre plombé glisse un rayon du soir;

Cent nuages ardents luisent sous son flanc noir

Comme des écailles dorées.

 

Puis se dresse un palais; puis l'air tremble, et tout fuit.

L'édifice effrayant des nuages détruit

S'écroule en ruines pressées;

Il jonche au loin le ciel, et ses cônes vermeils

Pendent, la pointe en bas, sur nos têtes, pareils

A des montagnes renversées.

 

Ces nuages de plomb, d'or, de cuivre, de fer,

Où l'ouragan, la trombe, et la foudre, et l'enfer

Dorment avec de sourds murmures,

C'est Dieu qui les suspend en foule aux cieux profonds,

Comme un guerrier qui pend aux poutres des plafonds

Ses retentissantes armures.

 

Tout s'en va! Le soleil, d'en haut précipité,

Comme un globe d'airain qui, rouge, est rejeté

Dans les fournaises remuées

En tombant sur leurs flots que son choc désunit,

Fait en flocons de feu jaillir jusqu'au zénith

L'ardente écume des nuées!

 

Oh! contemplez le ciel! Et dès qu'a fui le jour,

En tout temps, en tout lieu, d'un ineffable amour,

Regardez à travers ses voiles:

Un mystère est au fond de leur grave beauté,

L'hiver, quand ils sont noirs comme un linceul, l'été,

Quand la nuit les brode d'étoiles.

 

Victor HUGO, Soleils couchants ( Les Feuilles d'automne )

 

 

 VERLAINE

 

La lune est rouge au brumeux horizon;

Dans un brouillard qui danse la prairie

S'endort fumeuse, et la grenouille crie

Par les joncs verts où circule un frisson;

 

Les fleurs des eaux referment leurs corolles;

Des peupliers profilent aux lointains,

Droits et serrés, leurs spectres incertains;

Vers les buissons errent les lucioles;

 

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit

Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,

Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.

Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.

 

Paul Verlaine, L'heure du berger ( Poèmes saturniens)

 

"Le combat antispéciste est légitime quand il nous invite à réfléchir sur la souffrance animale, la légitimité de l’expérimentation scientifique avec les bêtes, le bien-fondé du végétarisme (auquel toute conscience qui s’exerce un tant soit peu à la réflexion ne peut que consentir intellectuellement…), les conditions indignes de l’élevage industriel, la tragédie que représente philosophiquement l’abattage programmé d’êtres vivants, la sauvagerie de toute spectacularisation de la mort comme dans le cas de la corrida ou des combats de coqs, la honte associée à toute entreprise carcérale de type zoo, et la nécessité de penser autrement notre rapport aux animaux. Sur ce terrain, notre humanité patine, elle retarde, elle périclite.
Je ne peux voir un chargement de veaux, de porcs ou de moutons dans un camion qui se dirige vers l’abattoir sans une immense empathie, une véritable souffrance physiologiquement expérimentée, une honte d’être un homme dont la tribu s’arroge le droit de ces odieux charrois…
J’ai le cœur retourné devant les images de taureaux sacrifiés dans des arènes, d’animaux torturés dans des laboratoires, de phoques massacrés sur la banquise, de compagnons domestiques suppliciés par des crétins qui ne les valent pas."

Michel Onfray
 

 

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